Dans la grande majorité des cas, nous avons tous des paysans dans notre généalogie, puisque sous l’Ancien Régime, la population française était rurale à près de 85 ou 90 %, majoritairement composée de paysans. Les registres paroissiaux, principalement tenus à partir du début du XVIIe siècle, nous donnent de nombreuses informations précieuses sur le statut social de nos ancêtres. Pour le généalogiste, apprendre à lire entre les lignes de ces actes de baptême, de mariage ou sépulture est une véritable clé pour redonner vie à son arbre.

Source : Wikimedia Commons (Domaine public).
Les paysans les plus pauvres : les « sans-terre »
Tout en bas de la pyramide paysanne, nous retrouvons principalement les termes de journaliers, brassiers et manouvriers. Ils recouvrent une réalité assez similaire malgré quelques petites différences. La définition de ces termes varie selon les régions.
Les journaliers
Comme leur nom l’indique, les journaliers travaillent à la journée. Vivant dans la précarité, ils sont obligés de louer la force de leurs bras pour subvenir à leurs besoins. Il s’agit donc d’une situation d’autant plus précaire que leur employeur peut changer très régulièrement. Ils ne possèdent en général que très peu de biens immobiliers. Il en est de même pour le bétail et les outils aratoires. Les journaliers dépendent donc étroitement de l’état des récoltes, qui influencent directement les prix des denrées alimentaires. Au moindre « mauvais temps », c’est la famine ou la mendicité qui guette.
Les brassiers
Le mot brassier fait référence aux bras. Les brassiers étaient donc ceux qui louaient la force de leurs bras pour travailler et pouvoir, en contrepartie, bénéficier d’un salaire. Tout comme son homonyme le journalier, le brassier ne possède que très peu de biens et vit lui aussi dans la précarité. Par l’emploi de ce mot, l’accent est surtout mis ici sur l’outil de travail principal : la force physique. Mais il est courant de noter qu’une même personne peut être qualifiée de brassier dans un acte, puis de journalier dans un autre selon le rédacteur de l’acte.
Les manouvriers
Le manouvrier est très proche du brassier. Le mot étant dérivé de « manœuvre », c’est celui qui vit de ses « œuvres manuelles ». Ce terme est majoritairement utilisé dans les régions du Nord et de l’Est. Le manouvrier pouvait posséder un tout petit lopin de terre, mais celui-ci était notoirement insuffisant pour nourrir sa famille. Il était donc forcé de louer sa force physique chez de plus grands propriétaires pour survivre aux mauvaises saisons.
Les paysans intermédiaires : une question de surface et de contrat
C’est souvent à ce niveau intermédiaire de la hiérarchie paysanne que l’on retrouve le plus de variantes régionales et de nuances juridiques.
Les bordiers et closiers
Les bordiers (ou bordagers) cultivent une très petite exploitation agricole ne leur appartenant pas, appelée borderie. Celle-ci s’étend généralement sur 5 à 10 hectares. Les bordiers doivent partager le fruit de leurs récoltes avec le propriétaire.
Il est aussi possible de retrouver le terme de closiers. Ce dernier est très fréquent dans l’Ouest, notamment en Bretagne et en Anjou. Il fait référence au « clos » qu’ils cultivent. Les closiers devaient pour leur part verser une redevance au propriétaire terrien.
Les métayers et grangers
Sous l’Ancien Régime, le métayer est un paysan qui exploite une terre ne lui appartenant pas grâce à un contrat de louage appelé le métayage. Il doit en principe partager par parts égales les récoltes et productions avec le propriétaire de la terre. En principe, ce dernier fournit au métayer les terres, les bâtiments, le cheptel et éventuellement les semences dont il a besoin. De son côté, le métayer apporte sa force de travail ainsi que ses petits outils.
Le terme de granger équivaut à celui de métayer. La principale différence est d’ordre géographique : les métayers étaient présents sur une grande partie du territoire français, à l’exception de l’Est, où l’on retrouvait plus particulièrement le terme de granger. Ce système permettait à des familles sans grand capital de s’installer sur une exploitation viable, offrant un peu plus de stabilité que la simple condition de journalier.
Le haut de la pyramide : une question de statut
Nous changeons ici totalement de dimension. Les catégories qui suivent regroupent les paysans les plus aisés, ceux qui ont réussi à capitaliser, à posséder du bétail lourd, voire des terres en propre, et qui exercent une réelle influence sur la vie de la communauté villageoise.
Les fermiers
Le terme de fermier fait surtout référence à un statut juridique. Les fermiers ne sont pas de simples employés. Sous l’Ancien Régime, ce terme désigne celui qui a passé un « bail à ferme » (un contrat écrit) avec un grand propriétaire, qu’il s’agisse du seigneur local, de l’Église ou du roi. Le fermier verse au propriétaire une somme d’argent fixe, appelée « fermage ». Peu importe que la récolte soit bonne ou mauvaise, le fermage était dû en totalité. Le fermier était donc un paysan aisé qui disposait d’un capital solide, capable d’avancer de l’argent et de prendre des risques financiers calculés.
Les laboureurs
Contrairement au fermier, le terme de laboureur fait davantage référence à un statut social et économique. Les laboureurs constituent l’aristocratie paysanne. Le mot vient du fait qu’ils possédaient les fameuses « bêtes de labour » (chevaux ou bœufs robustes) ainsi que les attelages lourds, indispensables pour cultiver efficacement les terres. Un laboureur possédait généralement ses propres terres, pouvait employer des valets ou des domestiques, et pesait lourd dans les décisions de la communauté villageoise.
Il est important de noter qu’il existait des situations contrastées. Aux côtés des grands laboureurs aisés, on trouvait parfois des « laboureurs à bras ». Ces derniers possédaient bien une petite exploitation, mais n’avaient pas les moyens d’entretenir un attelage de labour lourd, devant accomplir une partie des efforts physiques par leur propre travail.
Les ménagers
Pour terminer, les ménagers étaient présents dans le Sud, notamment en Provence et en Languedoc, ainsi que dans le Centre de la France. Le ménager est le chef d’un « ménage » solide, une exploitation familiale autonome et prospère. Il se situe dans une sphère assez similaire à celle du laboureur, subvenant aux besoins de sa famille avec aisance, sans avoir à louer la force de ses bras.
Conclusion
Toutes les professions paysannes que l’on rencontre dans les registres paroissiaux sont donc à ne pas négliger, car elles nous renseignent précisément sur le niveau social de nos ancêtres. Suivre l’évolution de ces qualificatifs au fil des générations permet souvent de tracer une trajectoire: voir une famille s’élever du statut de journalier précaire à celui de robuste laboureur, ou à l’inverse basculer dans la difficulté. Malheureusement, à partir du XIXe siècle, ces qualificatifs s’estompent progressivement, laissant la place à une uniformisation de la paysannerie sous les termes majoritaires de « cultivateurs » et de « propriétaires ».